Dans le cadre de la mise au point de cette initiative, nous nous attendons à devoir continuellement répondre à la question suivante : comment faire pour que cette commémoration aille toucher le public le plus large possible, au delà d’un petit cercle d’amateurs d’aventures et d’historiens spécialistes de la traite des fourrures dont la passion et les connaissances peuvent parfois être suffisamment intimidantes pour effrayer les non initiés.
Cette initiative sera d’autant plus bénéfique qu’elle alimentera l’enthousiasme des amateurs éclairés et des experts professionnels tout en alignant leur passion et leurs connaissances sur des thèmes généraux susceptibles d’attirer un plus grand nombre de Nord-américains. Notre objectif est de jeter un pont entre les historiens et les amateurs enthousiastes de la traite des fourrures et d’autres domaines afin de créer une initiative suffisamment attrayante et bien fondée au niveau scientifique, éducatif et social pour mériter un large soutien et une vaste participation du public.
Nous devons pour cela éviter de centrer l’initiative sur une représentation et une commémoration stricte des hauts faits de David Thompson. Pour attirer une large participation du public, nous avons inclus dans le thème principal ce que David Thompson et les autres négociants en fourrures de l’époque peuvent nous apprendre sur les changements qui sont survenus sur ce continent au cours des deux cent dernières années dans le domaine de l’environnement, de la culture, de la vie sociale et de l’économie. Nous voulons que David Thompson et d’autres personnages de son époque nous aident à comparer le continent que nous avions à celui qui nous abrite aujourd’hui et à réfléchir à la « traite » dans laquelle nous devrions nous engager pour façonner le continent que nous aimerions avoir dans l’avenir.
En étendant le thème principal de cette initiative pour y inclure l’influence de Thompson sur le contexte contemporain et à venir, nous invitons une gamme bien plus variée de partenaires potentiels, qui ne se seraient sinon peut-être pas sentis liés aux faits historiques de Thomson, à s’engager sérieusement et concrètement dans cette célébration. Les journaux et les histoires relatées par Thompson nous offrent en effet une intéressante mine d’informations qui nous permet d’effectuer milles comparaisons entre son époque et la nôtre. En se basant sur les notes de Thompson et sur ce qui a été écrit à leur propos, nous pouvons rendre cette initiative intéressante aux yeux de personnes qui n’auraient sinon vu aucun intérêt à participer à ce type de commémoration historique. Nous pensons qu’au minimum, il est maintenant possible de faire participer à cette initiative les personnes engagées dans les disciplines, les organismes et les institutions suivantes :
Cette initiative pourrait avoir des retombées bénéfiques importantes sur les sites et les monuments historiques nationaux, provinciaux et d’État du continent. En élargissant le contexte de la portée des lieux historiques liés à la « Traite », on intègre ces lieux à la continuelle réévaluation des changements que nous imposons au continent et nous en en faisons des repères par rapport auxquels nous pouvons mieux mesurer les progrès accomplis dans nos efforts d’amélioration des contextes environnementaux, sociaux et économiques de notre continent. Les sites historiques de notre continent pourraient ainsi devenir les lieux où nous nous réunissons pour établir et raffiner la vision du continent que nous voulons.
À cet égard, la commémoration nord-américaine des bicentenaires de David Thompson a le potentiel de transcender toutes les autres initiatives mises en œuvre à ce jour. Cette initiative a la chance de pouvoir soutenir cette ambition grâce au soutien qu’elle s’est acquise auprès des États-Unis. Nos partenaires américains nous ont déjà fait savoir que cette initiative doit largement différer du bicentenaire de Lewis et Clark présentement commémoré aux États-Unis. Les Américains nous ont conseillé d’éviter de rendre cette commémoration trop commerciale. Ils nous ont également conseillés de rester réalistes pour ce qui est des attentes au niveau du tourisme. Ils nous ont aussi conseillés d’élaborer avec soin un partenariat mutuellement bénéfique avec les Autochtones car ce type de relations pourrait bien concrétiser les retombées bénéfiques à long terme de cette initiative. Tous ces objectifs sont réalisables.
Le défi que nous devons affronter le plus rapidement possible est cependant de faire sortir David Thompson de son cercueil, d’inciter les partenaires potentiels à le voir non pas seulement comme un personnage historique mais comme un esprit vivant qui anime notre continent et nous enseigne ce que nous étions, ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous allons peut-être devenir.
Pour que cette initiative soit un succès, il nous faut dépasser la simple interprétation de la personne que fut David Thompson et des faits qu’il a accomplis dans le contexte de son époque. Pour que cette commémoration soit plus universelle, nous devons dépasser ce qui est déjà connu et ce qui a déjà été dit à propos de Thompson et de son époque. Nous ne pouvons pas nous contenter de recadrer les récits qui dépeignent le personnage qu’il était en 1811, en 1916 ou en 1962. Nous devons ressusciter David Thompson dans un contexte complètement contemporain si nous voulons le rendre intéressant aux yeux des personnes qui ne font pas partie du petit groupe de ceux qui connaissent et apprécient son histoire. Pour y parvenir, nous devons faire appel aux connaissances approfondies de David Thompson ainsi qu’à son sens aigu du lieu, de manière à pouvoir comparer le continent qu’il a connu à celui que nous connaissons; et de cette comparaison, nous devrons tirer des conclusions qui nous aiderons à définir le continent que nous voulons.
Nous avons la responsabilité de définir le « sens » et le « souvenir » qui feront de cette initiative une commémoration réussie. Il est de notre devoir d’insuffler un sens de « patrimoine » authentique dans les produits de tourisme créés pour soutenir cette initiative. Et nous aurons le plaisir de collaborer avec tous nos partenaires d’Amérique du Nord pour définir la portée contemporaine de la « traite » à laquelle nous participons depuis que l’homme est arrivé sur ce continent. En poursuivant ces objectifs, nous parviendrons à mettre sur pied une initiative qui restera longtemps pertinente pour tous les Nord-américains.